De passage en Europe après s’être rendu au Rookie Test de la Formula-E où il a enfilé une combinaison flanquée d’un superbe félin, Sacha nous a fait l’amitié de prendre le temps de répondre aux diverses questions qui lui ont été soumises par des membres du VEC-Simracing. L’occasion d’en savoir un peu plus sur sa nouvelle vie à l’autre bout du monde et de confronter le virtuel à la réalité.

VEC-Simracing: Alors, la Formule-E?

Sacha Fenestraz: Super sympa et super super compliqué! 

Les plus férus amateurs de sport auto le savent probablement déjà, mais rappelons que Sacha a décidé en 2019 de partir piloter au Japon, après avoir perdu le soutien de Renault Sport, fin 2018. Une voie qui a déjà prouvé sa pertinence pour nombre de pilotes au talent aujourd’hui indiscutable. 

VEC: As-tu vécu le départ au Japon comme un nouveau départ ou comme une déception?

S.F: Ah non, c‘est tout sauf une déception! C’est une expérience incroyable qui me permet de prolonger mon rêve et de continuer à faire ce que j’aime: piloter.

VEC: Et le Japon du coup, c’est comment?

S.F: C’est un pays que j’adore! Les gens sont adorables, le respect, zéro insécurité, ça c’est cool. Après, niveau course, c’est énorme… Les fans te soutiennent: même moi, avec juste un an d’ancienneté, j’ai déjà beaucoup de supporters et de reconnaissance.

VEC: Un avis sur les grid-girls/grid-boys?

S.F: Je n’ai pas encore vu de grid-boys mais au Japon les grid-girls à elles seules font venir du monde sur les circuit. Et c’est toujours sympa. 

Ses performances en 2019 lui ont permis de démontrer à nouveau le potentiel qu’on lui connaissait. Ainsi, en s’adjugeant brillamment le titre de champion en Japan F3 dès sa première participation et en accrochant la 6ème place de la catégorie GT300 en Super GT aux côtés de Kazuki Hiramine, le pilote Franco-Argentin est parvenu à taper dans l’œil d’un constructeur. 

Le membre d’honneur du VEC-Simracing sera en effet dès cette saison pilote officiel Toyota dans les deux championnats les plus prestigieux du Japon. On pourra donc le suivre en 2020 au volant d’une Supra du prestigieux team TOM’S (GT500) et dans le baquet d’une Super Formula du Kondo Racing, équipe pour laquelle il roulait en GT300 (Nissan GT-R).

VEC: Quelles sont tes premières impressions sur la GT500?

S.F: La voiture est incroyable! C’est très similaire à la DTM (Audi) avec plus de puissance. C’est comme un petit proto, avec beaucoup de grip et beaucoup de Vmax.

VEC: Et sur la Super Formula?

S.F: Pour le moment, en dehors du show en F1, c’est l’une des meilleures voitures que j’ai conduites. La puissance des freins carbone et la charge aéro sont vraiment uniques et incroyables.

La question des pilotes qui payent leur volant est un sujet épineux du sport auto moderne. Qu’en est-il pour notre camarade?

VEC: Est-ce que tu payes, es-tu payé ou c’est un deal win-win?

S.F: Jocker! (lol) En tant que pilote factory, je commence à vivre de ma passion.

Les gênes du VEC-Simracing nous portant naturellement à nourrir une passion pour l’endurance, ce rapprochement avec la marque nippone nous pousse inévitablement à caresser certains espoirs pour la suite de la carrière de Sacha…

VEC: Maintenant que tu as un pied chez Toyota, as-tu Le Mans dans un coin de la tête? Si oui, est-ce que c’est un projet que tu envisageais plus jeune?

S.F: Oui oui oui! Mais il y a encore du temps, je n’ai que 20 ans. Mais ce serait un rêve de participer au Mans avec Toyota. Chaque pilote dans sa carrière l’a comme but ou objectif. Mais ce n’est pas un but principal pour le début de ma carrière.

Bien qu’il invoque son jeune âge, Sacha possède cependant déjà une expérience non négligeable, faite de bons et moins bons souvenirs, de rêves, d’idoles…

VEC: Quel est ton meilleur souvenir de course?

S.F: Le titre FR2.0 2017 et la victoire à Monaco. Sinon, mon podium au GP de Macao, la même année.

VEC: Si tu pouvais oublier une journée de course, laquelle serait-ce?

S.F: Pas un week-end mais plutôt l’année 2018. Mentalement et physiquement. Mais j’en ai beaucoup appris…

VEC: Y’a-t-il une voiture que tu rêverais de conduire au moins une fois dans ta vie?

S.F: La F1! Rêve déjà accompli mais j’adorerais l’idée d’autres tests plus poussés.

VEC: Quels pilotes admires-tu le plus, toutes générations confondues et pourquoi?

S.F: Fangio et Senna sont des légendes et c’est grâce à eux que le sport auto est comme il est.

VEC: Quelles sont pour toi les qualités essentielles que doit avoir un pilote?

S.F: Etre intelligent, conduire avec sa tête, savoir rester calme dans les situations chaudes et toujours être professionnel.

Des qualités qui devraient évidemment être transposées chez quiconque prétend se rapprocher le plus de possible de la réalité dans notre simulation favorite. Mais justement; à quel point iRacing est-il fidèle à ce que connait Sacha?

VEC: Que t’apporte le simracing pour la réalité?

S.F: Niveau apprentissage, les setups et surtout le trafic me font bien évoluer dans la réalité. Après, pour la qualif’ par exemple, c’est difficile de trouver la limite sur une simulation. Mais c’est surtout pour la gestion du trafic que je suis sur iRacing.

VEC: Qu’est-ce qui est le moins bien reproduit dans le simracing par rapport à la réalité?

S.F: Pas grand chose à redire… Peut-être encore une fois la limite aux freinages, pour ressentir vraiment le grip.

VEC: As-tu une série ou voiture voiture favorite sur iRacing?

S.F: La F3, si le setup est bon, sinon la LMP1 pour m’entraîner dans le trafic.

Il est indéniable que de plus en plus de pilotes professionnels et pas des moindres sont présents sur iRacing. De quoi créer des passerelles entre les deux mondes?

VEC: Est-ce qu’iRacing est utilisé par des écuries IRL?

S.F: De très petites équipes oui, mais pas les plus gros teams.

VEC: As-tu été approché de près ou de loin par iRacing pour un retour de feeling ou parler d’une voiture? Pour la F3 par exemple.

S.F: Non, ils ont développé la voiture sans nous.

VEC: Entre pilotes IRL, parlez-vous de la simulation iRacing?

S.F: Pas spécialement d’iRacing mais de simulation en général, oui. Après, si je sais qu’un pilote a un simulateur, alors on se contacte et on roule ensemble. Ils connaissent tous iRacing.

VEC: Serais-tu intéressé par une version de la Race of Champions via iRacing, avec des pilotes IRL?

S.F: Ca pourrait être une idée superbe! Il faut trouver un promoteur… (lol).

On l’a vu, des pilotes peuvent tirer des bénéfices de la simulation pour leur pratique réelle mais cela reste bien évidemment un loisir pour eux, tant les sensations physiques sont l’essence de ce sport. Cela n’empêche pas certains d’entre eux de passer de nombreuses heures devant l’écran, sous l’œil de centaines d’afficionados, donnant encore un peu plus l’impression que les frontières peuvent se brouiller. Les plus connus sont bien évidemment Nicki Thiim et l’ancien colocataire de Sacha, Lando Norris.

VEC: On connait la proximité entre Lando et toi… Est-ce que, comme lui, tu aurais l’envie et le temps de faire des streams sur Twitch?

S.F: Il faut trouver le temps mais oui, c’est cool ce qu’il fait, c’est super. Il faut trouver toutes les idées et Lando est fort pour ça. 

VEC: Une question Twitch d’ailleurs, de « leuparesseux », pour conclure: « Pourquoi roules-tu sous les couleurs du VEC-Simracing en endurance sur iRacing? Est-ce par faute de mieux? ».

S.F: C’est la première équipe que j’ai rejoins. Je reste ici pour la bonne ambiance, surtout quand je sais qu’ils me ramènent mon jus d’abricot, comme au Mans 2017 (lol).

Nous souhaitons bien évidemment à Sacha une excellente saison 2020 au Japon avec, qui sait, un éventuel troisième programme pour la saison 2020-2021 de Formula-E. En espérant que ces nouvelles expériences soient enrichissantes et lui permettent de vivre son rêve encore longtemps. Nous le remercions une nouvelle fois de nous avoir consacré un peu de temps pour répondre aux questions pêle-mêle d’Alex, Fabian, Fred, Jérémy, Philippe, et Sylvain.

A.G