Une course attendue mais redoutée

Après les 24h de Daytona en début de cette année 2019 qui marquaient l’avènement du très demandé cycle jour/nuit par une grande partie de la communauté d’iRacing, ces 24h du Nürburgring étaient certainement une des courses les plus attendues de l’année, tant fendre la nuit au milieu de l’épaisse forêt de l’Eifel allait représenter un challenge sur ce circuit réputé parmi les plus difficiles, si ce n’est le plus difficile, même de jour. La folie douce que représente cette course se traduit d’ailleurs par une participation en importante baisse par rapport aux précédents événements majeurs du calendrier. Ce sont donc les équipages les plus accros au « Ring », ou les plus inconscients, qui se sont engagé dans les catégories GT3, Porsche Cup ou Mazda MX-5 pour relever ce défi.

2 équipages VEC au départ

Présent sur toutes les endurances depuis le début de l’année, le VEC-Simracing a une nouvelle fois répondu à l’appel de ces courses si spéciales en engageant deux voitures en catégorie GT3.

La Magenta

Dans le split 5, la Magenta alignait une Ferrari 488 GT3 pilotée par un équipage qui pouvait entrevoir de belles choses, emmené par Sylvain Moraine et Michael Thomas tous deux engagés en VLN, accompagnés de Chris Dubreucq et Jérémy Hoppé dont les chronos lors des entraînements n’avaient rien à envier à ceux de leurs camarades.

Parti 9ème en GT3, Michael allait très vite se mettre en position pour batailler pour le podium, relayé par Jérémy. Un passage au stand légèrement prolongé pour quelques réparations après 3h de course fera un peu redescendre leur Ferrari au classement mais au prix d’un triple relais, Jérémy parviendra à solidement replacer l’italienne dans le top 5. La nuit faisait son apparition lorsque Chris grimpa dans le cockpit. Déjà peu à l’aise pendant les entraînements dans certaines zones du circuit avec une voiture un peu « raide », il allait rencontrer le rail comme tant d’autres avant ou après lui, sur un tracé qui ne pardonne rien ou si peu. Direction tordue, s’en était fini pour la Magenta après 7h de course.

La Rouge

Dans le split 7, la Rouge se présentait avec une BMW Z4 GT3 réputée pour être la moins rapide des GT3 mais sans doute une des plus agiles. Pilotée par Gonzague Furtos, Alexandre Godefroy, Frederic Lux et Stéphan Modde, l’objectif déclaré sur le ton de la blague mais sans une pointe de réalisme était de survivre à la nuit.

C’est à Gonzague, connu pour sa prudence dans le trafic, qu’est revenu le privilège de prendre le départ à la 35ème position sur la grille. Quoi de mieux que de partir de loin pour engager une folle remontée? Ainsi, en passant au travers des écueils des premiers tours il passera le volant à Stéphan avec 10 places de gagnées. C’est à ce moment qu’interviendra la plus grosse alerte pour l’équipage… Le PC de Stéphan montrant d’importants signes de faiblesse, il est contraint de rentrer au stand après seulement deux boucles. Au pied levé, Fred prend le volant pour un relais à l’exemplaire régularité qui sera sa marque de fabrique tout au long de cette course. Vient le tour d’Alex qui profitera d’une piste se rafraîchissant et d’une stratégie pas encore ciblée sur l’économie pour signer le meilleur tour de la Rouge sur les coups de 18h15. Peu après 3h de courses, la BMW affiche déjà un gain de 20 positions!

Les relais s’enchaînent, puis à l’approche de la nuit, il est décidé de tenter de gagner un tour par relais, passant de 7 à 8 boucles. L’objectif est double, puisqu’en roulant plus cool, le risque d’incident sera moindre. Alex le premier tente d’appliquer cette stratégie. Le verdict est clair, la voiture est moins taquine en map 2 voire 3 et le temps perdu sur le chrono pourra être récupéré avec des ravitaillements en moins. Pour ce qui est de rouler cool, on attendra les prochains pilotes: Alex réalise le seul double relais de l’équipage sur ces 24h, entamé à la tombée du jour, conclu de nuit, sans baisse de rythme. Après 7h de course, voilà la Rouge solidement positionnée dans le top5.

C’est à ce moment que le PC de Mr Modde reprend vie, soulageant ainsi l’équipage. Pour son premier vrai relais, Stéphan est dans la nuit totale ce qui ne l’empêche pas d’aligner les tours comme une horloge. Tout sauf évident. La course avance, les simples relais de 8 tours s’enchaînent, ne laissant que peu de repos aux pilotes mais permettant ainsi d’éviter les redoutables baisses d’attention difficilement évitables lors d’un double relais de nuit sur la Nordschleife. Ainsi, après avoir fait quelque peu le yoyo mais en évitant tout incident contrairement à la concurrence, le jour se lève sur une 6ème place.

La suite de la course sera sur le même registre. Grâce à un rythme régulier de tous les pilotes et sans erreur notable (un trentaine de secondes d’optionnal repair, au total), la Rouge voit un à un ses concurrents directs s’effondrer. A 5h du but, alors qu’un retour de ses poursuivants est de moins en moins probable, l’équipage voit les portes du podium s’ouvrir. Malgré un dernier rush pour mettre la pression au deuxième, c’est à une superbe troisième place que la course se conclura. Par la même occasion, sur l’ensemble des 516 équipages ayant pris part à cet événement, la Rouge s’offre la 7e plus belle remontée par rapport à sa position sur la grille de départ et inscrit les 4e meilleurs résultats pour une BMW Z4 GT3 (sur 63 engagées) et pour un équipage français en GT3 (sur une trentaine d’engagés).

Après la Magenta à Daytona et la Orange à Sebring, c’est un nouveau podium pour le VEC-Simracing lors d’un « Special Event » par équipe. Bravo à tous! Entrerons-nous dans la légende lors des 24h du Mans les 1er et 2 Juin prochains?

A.G

Gonzague Furtos

Pour ces 24h dans l’enfer vert, nous avions décidé de prendre la direction de la sécurité, que ce soit dans le choix de la voiture, de l’élaboration du setup, dans la gestion de la course et dans le pilotage. Au vu du résultat cette stratégie fut payante ! En partant 35ème, nous n’étions effectivement pas la voiture la plus rapide en hotlap, mais niveau régularité nous avons été dans le haut du tableau ! Dès les premiers relais, nous avons gagné, grignoté des positions. La gestion de la nuit a été très difficile de mon côté, pas du tout à l’aise (réflexion bien connu des BM’istes :D) , écrans mal réglés pour la nuit ce qui faisait que je n’y voyais vraiment, mais alors vraiment rien. Malgré tout je ne perdais qu’une dizaine de seconde au tour, ça limitait la casse…. J’ai eu la chance de prendre le volant au levé du jour, pour surement le meilleur moment de la journée question pilotage ! Pour en revenir à l’équipe, elle a été vraiment homogène, comme souvent d’ailleurs chez les ROUGES, et ça été notre plus grande force. Chacun a su gérer son pilotage et ses limites à un moment donné, avec le petit brin de réussite qu’il faut pour terminer ce genre de course ! En tout cas, terminer les 24h du Nurb sans accident, on s’en souviendra… et qui sait, cela va peut être ouvrir la voie pour les prochaines endurances… la VEC SIMRACING – ROUGE sera un concurrent dont il faudra se méfier !

Stéphan Modde

De mon côté ces 24h furent assez mouvementées car mon pc saturait complètement au début de course. Je suis le deuxième à prendre le volant, je fais deux tours et je rentre aux stands car c’est impossible de rouler dans ces conditions. Avec l’aide d’un membre du VEC le problème est réglé plusieurs heures plus tard et je peux enfin boucler un relais complet dans la soirée. Comme dans toutes les courses de 24h le temps passe bizarrement, parfois très vite parfois très lentement mais nous avons réussi à sortir de la nuit sans encombre et dans le top 10 avec un très bon rythme. Personnellement je ne croyais pas qu’on arriverait jusque là, sortir de la nuit fut un réel soulagement pour moi.
La suite de la course à été assez tranquille jusqu’à l’arrivée. Mon dernier relais s’est fait un peu dans la souffrance car je n’ai dormi qu’une heure et la fatigue commençait vraiment à se faire sentir.
Je suis tellement content qu’on ait réussi à terminer cette course sans accident et d’autant plus à la troisième place. Un grand bravo à mes coéquipiers qui ont très bien géré la course. On a su attaquer ou relâcher au bon moment, un superbe travail d’équipe.

Frederic Lux

Absent des pistes depuis de longs mois, les 24h du Nürburgring me semblaient un bon objectif et un bon point de mire pour un retour à la compétition. Plusieurs séances nécessaires pour reprendre mes marques sur ce circuit et puis et puis …. la nuit …. Oh mon dieu quelle angoisse de filer à 200km/h entre ces rails avec si peu de visibilité… tout à réapprendre. Angoissé mais heureux de participer, je me suis lancé dans l’aventure avec mes trois copains. Et quelle aventure…. sans doute ma plus belle endurance. Deux premiers relais qui se passent sans encombres mais la nuit, à 2h du matin, la panique a pris le dessus et je n’ai que réussi à ramener la voiture en un seul morceau avec quelques grosses frayeurs en plus. Soulagé au petit matin de reprendre de jour, j’ai aussi pu apprécier la pression des derniers relais, quand nous sentions le résultat à notre portée mais où en un instant tout pouvait être gâché. Ce podium est un de mes plus beaux souvenirs de course sans aucun doute. Et en appelle d’autres j’espère… Merci à mes équipiers, cette course fut sensationnelle. Et nous avons vaincu  » The Long Night ».

Alexandre Godefroy

Depuis plus d’un an maintenant, la Rouge a souvent joué de malchance sur les endurances et lors de notre dernière sortie ensemble, à Bathurst, c’est moi qui ai mis la Z4 dans le mur à 1h de la fin alors qu’on visait un résultat très honnête. Autant dire que la semaine précédent ces 24h j’étais plutôt raisonnable sur mes attentes et l’objectif évoqué par mes camarades de franchir la nuit me paraissait déjà immense alors que j’étais loin d’être à l’aise avec la voiture pendant les premiers essais.C’est là qu’intervient le talent de notre « ingénieur » Gonzague qui est parvenu avec 2-3 bidouilles à faire en sorte que je puisse avoir le sentiment d’attaquer sans que rien ne puisse m’arriver. Un train avant nettement plus mordant, un arrière beaucoup plus stable surtout et une voiture capable de jouer à saute-vibreurs sans t’envoyer systématiquement dans le rail.

Pour ce qui est de la course, le moment le plus dur à vivre pour moi qui peut rarement être là pour le départ, c’est de rentrer du boulot, allumer l’ordi et là c’est surprise: On roule? On roule plus? Ouf, on roule! Ensuite la routine de la course s’installe… Pour mon premier relais, bizarrement, pas un pète de stress avant de prendre le volant. Je fais probablement mon relais le plus sage de la course, loin des vibreurs, même si les conditions de piste me permettent d’accrocher notre best lap.

Ensuite pour le double, j’me suis transformé. J’ai débranché le cerveau et même en roulant à l’économie je crois que j’étais quasi dans les temps du début de course. J’ai pris des risques inconsidérés en doublant certains retardataires mais j’étais dans cet état de transe que le seul le Nurb et peut-être la montagne de Bathurst peuvent procurer. Je suis convaincu que faire un double relais à ce moment de la course était une bonne idée. En rentrant doucement dans la nuit, ça m’a permis de ne pas baisser de rythme, là où la plupart de nos concurrents ont lâché des secondes par paquets.

Le relais de 4h du mat’ était parfait. Steph sortait d’un stint de bourrin (ou de licorne) et après un premier tour pour me réveiller je suis resté dans le même registre mais en beaucoup plus propre qu’en début de nuit. Le relais de 6h était plus compliqué, la fatigue était là. Dernier relais couteau entre les dents pour mettre la pression au deuxième qui sauve peut-être un peu sa peau grâce à des retardataires peu conciliants.

Au final, que dire? Ravi. Ravi de la voiture, en laquelle j’avais toute confiance, ravi de la solidité de mes coéquipiers qui ont eu chacun des conditions délicates à gérer à côté de la course. Ravi d’avoir conjuré les derniers mois de résultats décevants avec mes camarades de la Rouge.